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On a tous bien ri des tristement célèbres mauvaises traductions « Fabriqué en dinde » (Made in Turkey) et « Jour de boxe » (Boxing Day). Non, ce ne sont pas des légendes urbaines. On peut supposer qu’il s’agit de traductions automatiques de première génération ou de personnes ne sachant pas utiliser un dictionnaire. Dans un cas comme dans l’autre, le contexte a été ignoré : le joli chandail n’a pas été taillé au moyen d’un oiseau de basse-cour et le 26 décembre est consacré aux échanges de cadeaux décevants et pas aux échanges de coups de poing (quoique…)

Personne n’est à l’abri d’une erreur, mais tout le monde n’est pas traducteur. Le dictionnaire et les logiciels de traduction sont des outils utiles, voire essentiels. Or, pour obtenir de bons résultats quand on les utilise, il faut d’abord maîtriser la langue et comprendre que le sens peut être bien différent selon le contexte.

L’incompréhension du contexte génère bien des absurdités. Un traducteur de Margaret Atwood a par exemple rendu open fly par « mouche éventrée » alors qu’on devrait lire « braguette ouverte »[1]. On pourrait aussi citer le traducteur d’un polar de James Crumley qui nous fait lire « bar sans toit » pour topless bar[2]. Une incursion dans la littérature jeunesse n’est guère plus réjouissante. Un traducteur a cru bon de traduire le nom de l’équipe de hockey des Rangers de New York par « l’équipe des gendarmes montés »[3]. On ne peut qu’espérer que ces erreurs aient été corrigées dans un tirage subséquent, au risque de perdre cette poésie surréaliste accidentelle.

Il y a plus grave, cependant. Certaines erreurs de traduction ont ni plus ni moins provoqué des catastrophes. Selon certaines sources, le bombardement d’Hiroshima serait le résultat d’une de ces erreurs. Les Alliés demandant la capitulation inconditionnelle du Japon, les journalistes ont voulu connaître la réaction des autorités japonaises. Le premier ministre Kantaro Suzuki leur aurait répondu qu’il « s’abstenait de tout commentaire pour le moment ». Il a alors utilisé le mot mokusatsu, un terme très polysémique. Agences de presse et traducteurs lui ont donné le sens de « traiter avec un mépris silencieux » ou « ne pas tenir compte ». En d’autres termes, ils ont fait dire au premier ministre qu’il rejetait l’ultimatum[4]. On connaît la suite.

Plus près de nous dans le temps, en août 2008, la Géorgie et la Russie s’affrontaient dans un conflit pour la revendication des régions séparatistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Un accord de cessez-le-feu aurait pu être signé, mais les Russes ont laissé leurs chars dans les territoires reconnus comme géorgiens. Une nuance dans la traduction russe serait à l’origine de ce malentendu qui a prolongé la guerre d’un mois. Il semble en effet que seul le document anglais précisait que les forces russes devaient se retirer[5].

Morale de l’histoire : nul n’est à l’abri d’une erreur, mais la meilleure façon de les éviter est encore de faire appel à un cabinet professionnel qui compte sur des traducteurs fiables et de solides processus.

[1] À travers le prisme de l’histoire : Erreurs de traduction historiques, fatidiques ou cocasses

[2] Jérôme Dupuis, Polars américains : la traduction était trop courte, L’express, 24/10/2012

[3] Sparkle Hayter, Les filles sont trop gentilles

[4] À travers le prisme de l’histoire : Erreurs de traduction historiques, fatidiques ou cocasses

[5] Emmanuelle Alféef, Traduction : les erreurs qui ont changé la donne, L’express, 18/04/2011